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LES CAVES DU ROI A SÈVRES - Hauts-de-Seine (92)
par L. Hubschmann

Pendant trois siècles, ces lieux furent appelés « Les caves du Roi », sans qu'aucun texte officiel ne confirme cette dénomination indiquée en 1742, par un cartographe sur un plan de Sèvres.
Lorsque Louis XIV décide de s'installer à Versailles et d'y faire venir, pour mieux les contrôler, les grands du royaume, le transfert de la cour en la nouvelle ville royale impliqua, des modifications dans les circuits d'approvisionnement du château.
Les marchands de vins privilégiés, fournisseurs du Roi et de la cour étaient liés à ces derniers par des contrats rigoureux dans lesquels figurait, parmi d'autres obligations, celle du prélèvement quotidien par les officiers sommeliers de bouche du roi, du vin nécessaire au service du jour. De ce fait, les caves ne pouvaient être éloignées du château. Mais à Versailles, il était, compte tenu de l'état marécageux du terrain, impossible d'entreposer longtemps du vin.

LE VIN

Sèvres retint l'attention d'un marchand de vins fournisseur du roi en raison de sa situation entre les deux capitales, de son port sur lequel il était possible de décharger le vin en provenance de Champagne et de Bourgogne, et de ses carrières profondes en lesquelles il se reposerait avant d'être entreposé à Versailles. Il décida de s'y installer.
De petites maisons vétustes bâties sur la colline de Sèvres possédaient des carrières. Il fallut beaucoup de ténacité à notre marchand qui mit 20 ans pour acquérir toutes ces maisons et aménager les carrières, les relier les unes aux autres après les avoir vidées de tous les anciens détritus. Ainsi créa t-il, selon l'expression usitée plus tard, 10 rues en lesquelles était entreposés des vins. En surface, il aménagea une grande cour, ferma la propriété par un mur, construisit une grande maison sur la partie Est et des jardins en terrasse plantés d'arbres et arbustes avec eaux jaillissantes. Son oeuvre terminée il vendit l'affaire à un marchand de vins privilégié d'origine bourguignonne.
Vins de Bourgogne aux crus réputés, et champagne en tonneaux ou en bouteilles s'entassèrent dans les galeries, dont l'extension se poursuivait toujours. D'autres aménagements en surface, d'autres constructions furent réalisés dont une entrée des caves assez majestueuse au fond de la cour. On pénétrait dans les caves par deux niveaux. Malgré les démolitions, on voit apparaître des départs de galeries au rez-de-chaussée et au premier niveau.
La Révolution de 1789 vit disparaître les marchands de vins privilégiés.
Des hommes d'affaires acquirent le domaine dont ils louèrent des caves à des marchands de vins de province, et les maisons divisées en logements à des particuliers. Tous poursuivirent l'exploitation des galeries et vendirent de la pierre et du sable.

LA BIÈRE

En 1852, un brasseur de Metz qui pensait trouver en région parisienne des débouchés pour sa production décida de s'installer en cet emplacement et d'y créer une brasserie. On bâtit celle-ci au fond de la cour. L'entrée des caves devint celle de la brasserie et dans les galeries où l'on avait vu le vin se bonifier, on fit fermenter et reposer de la bière. Fortune faite il se retire en Lorraine.
Un brasseur autrichien fabriquant de la bière de type viennois, et utilisant les procédés nouveaux de réfrigération lui succédait. Il entreprit de grands travaux dans les galeries, y installait d'immenses germoirs, mais aussi 5 glacières dont l'une de 500m3 existe toujours. Après des années d'un succès complet, Maurice Fanta fut ruiné par un incendie qui détruit toutes les installations. Il se retira et la brasserie végéta jusqu'au jour où elle fut rachetée par la Brasserie de la Meuse.

LA BRASSERIE DE LA MEUSE

Conséquence de la guerre de 1870 et des difficultés rencontrées par les brasseurs alsaciens pour exporter leurs productions en France, ils cherchent à s'y implanter. Une brasserie de Schiltigheim acquiert à Bar-le-Duc un établissement qui jusqu'alors avait rencontré des difficultés. Adolphe Kreiss le directeur, donne un nouvel élan à l'entreprise qu'il baptise Brasserie de La Meuse, et décide de lui donner de nouveaux débouchés en s'installant dans une région où la consommation doit être importante. Il acquiert la brasserie de Sèvres, la transforme et en fait en quelques années, un important établissement brassicole : 300 personnes travaillent à Sèvres. La bière est expédiée par eau et par fer à travers la France.
D'importantes brasseries souhaitent se rattacher à la Meuse qui prend des participations dans celles de Nantes, de Moulins, de Beaucaire et autres plus modestes.
A Adolphe Kreiss succédera son fils Philippe qui exportera la Meuse hors de France : au Liban, en Afrique du Nord, dans l'Ouest Africain, et qui va lancer sur le marché français les premiers jus de fruits connus sous le nom de VIVOR.
Mais vint la guerre de 1939-1945, sa pénurie de matières premières, sa pénurie de matériel. Toute l'industrie brassicole française en souffrira. La paix revenue le monde connaît une véritable révolution industrielle qui n'épargnera pas les brasseries. Nombre d'entreprises se regroupent d'autres disparaissent.
La Meuse à Sèvres mal située en un centre ville en rénovation totale ne peut plus aisément fonctionner.
L'exploitation cesse le 31 décembre 1949. La Meuse intègre la Société Européenne des Brasseries (S.E.B.), rachetée quelques années plus tard par le groupe B.S.N. Le site vendu, les immeubles détruits, ne survivra que le seul réseau de galeries encore visitables. Nombre de caves se sont effondrées au cours des siècles, d'autres ont été fermées par mesure de sécurité.

Cette longue histoire a été enfin retracée dans un livre fort bien illustré intitulé « Les Caves du Roi à Sèvres », 
des Marchands de Vins du Roi aux Brasseries de la Meuse.